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Ciné Club El Teatro Lundi - Atash - Palestine

février 26th, 2008 | Category: Blogosphère, Buzzzzzzzzzzz, Culture, Movies, Société

Un film de Tewfiq Abu Wael.

Abu Shukri et sa famille vivent au fond d’une vallée perdue, loin de leur village natal, dans une sorte de no man’s land annexé par Israël. Ils vivent dans une extrême pauvreté, habitant une construction désaffectée - une ancienne colonie ? un ancien check point ? - fabriquant du charbon de bois tiré des arbres que le père et le fils braconnent, la peur au ventre, dans un bois protégé.

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La femme d’Abu Shukri essaie de protéger comme elle peut l’une des ses deux filles, dont on apprend vite qu’elle a été violée. C’est pour échapper au devoir de la tuer, comme le veut la tradition, selon laquelle être violée ou être complaisante revient au même, et pour se cacher du déshonneur, que le père avait donc décidé dix ans auparavant d’enterrer sa famille dans ce coin isolé où le drame va enfin se dérouler, comme dans une tragédie antique.

Atash est une Ĺ“uvre très forte, radicale, qui aborde le conflit israĂ©lo-palestinien et l’occupation par le biais d’une tragĂ©die familiale, certes, mais en y faisant rĂ©gulièrement rĂ©fĂ©rence. La nĂ©cessitĂ© de canaliser la source voisine jusqu’à leur enclave (cette soif d’eau qui donne le titre au film), la nĂ©cessitĂ© de la protĂ©ger ensuite des incursions israĂ©liennes (rĂ©elles ou imaginaires, car les images deviennent floues et presque oniriques), le long chemin que le fils doit faire pour se rendre Ă  l’école, l’obstination Ă  rester dans sa propre terre colonisĂ©e, coĂ»te que coĂ»te…

Et la tyrannie du père, sorte de padre padrone meurtri par l’injustice, croulant sous le poids d’une tradition qu’il essaie de prĂ©server en empĂŞchant toute intrusion de la « modernitĂ© », symbolisĂ©e ici par une pièce fermĂ©e qui abrite une radio, un sofa, un instrument de musique et que la mère dĂ©cide d’ouvrir pour ses enfants pendant une absence du père. La mère, forte et faible en mĂŞme temps, devient lumineuse lorsqu’elle apprend Ă  Ă©crire son nom, aidĂ©e par Gamila, la fille « maudite ». Elle qui, analphabète, aide son fils Ă  partir Ă  l’école en dĂ©tournant l’attention du père…

Atash a été réalisé en un mois, avec des acteurs non professionnels, prodigieux, sobres, dans la région de Um El-Fahem, ville natale de Tawfik Abu Wael. Et non sans difficultés. Trouver l’argent pour le financer a été difficile, a expliqué le cinéaste, comme ce l’est toujours pour un Arabe israélien. Finalement, grâce au fonds Yhoshua Rabinovitch, au fonds Hubert Bals et à une chaîne de télévision, Tawfik Abu Wael, qui avait déjà réalisé des courts métrages et un documentaire remarqué, a pu terminer son film. Son producteur, Avi Kleinberger, avait déjà travaillé avec les cinéastes Costa-Gavras et Elia Suleiman.

Les images, d’une beautĂ© froide qui ne laisse pas de place Ă  l’émotion, Ă©voquent le style du cinĂ©ma syrien. On pense au magnifique film de Oussama Mohammed, Sacrifices, et Ă  la violence explosive de la famille paysanne dont il nous avait donnĂ© les images. Ici aussi, la cruautĂ© familiale puise ses racines dans la sociĂ©tĂ©, mĂŞme si le cinĂ©aste se dĂ©fend d’avoir voulu faire un film « politique ». « Il n’y a pas de film qui ne soit pas politique, mais ce sont les relations entre les ĂŞtres humains qui m’intĂ©ressent. Je n’ai pas voulu utiliser le conflit pour faire un film, j’ai fait un film sur des ĂŞtres humains. Les relations entre les ĂŞtres humains sont politiques. C’est lĂ  que je situe mon enjeu politique. Le conflit est prĂ©sent entre les personnages, dans leur âme, dans la complexitĂ© de leurs relations, dans leur conscience. J’ai situĂ© mon film dans une vallĂ©e près du village oĂą j’habite, Um El-Fahem. Un village oĂą l’IsraĂ©lien est un Ă©tranger. Pour nous, l’IsraĂ©lien, c’est l’Etat, c’est le patron pour qui on travaille, l’universitĂ© dans laquelle on Ă©tudie. Dans Atash, j’ai reprĂ©sentĂ© le monde d’oĂą je viens. » Pas de happy end, pas de hĂ©ros dans cette Ĺ“uvre qui ne fait aucune concession. La vie est souffrance, l’avenir est sombre. Mais reste la soif de vie…

Source : France Palestine

Le Site d’El Teatro

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